• Voici qu'Utamaro, délaissant les portraits de courtisanes qui l'ont rendu célèbre, décide cette fois d'aller contempler la neige ou la lune ou, encore, d'inventorier ce qu'une mer délaisse sur le sable quand elle se retire. Ce qui touche dans les trois albums de peintures réunis ici, c'est peut-être d'abord cela, cet abandon du regard aigu sur une société raffinée, pour retourner à la beauté native de la nature. On peut alors se faire proche d'une grève, d'une lune vagabondant dans le ciel nocturne, d'un pont perdu dans la brume, ou de coquillages ouvragés émaillant le sable. Présentées avec la traduction des poèmes qui les accompagnent, ces estampes nous éblouissent par la fraîcheur intacte de leur pinceau et la délicatesse de leurs couleurs poudrées d'or.

  • Utamaro, célèbre pour ses merveilleuses estampes de courtisanes des quartiers de plaisir, publia entre 1788 et 1791 une trilogie consacrée au règne animal, dont les deux pièces maîtresses sont l' Album des insectes choisis et le Concours de poèmes des myriades d'oiseaux . Par la délicatesse du dessin et le ra£ nement de la gravure, ces deux albums sont considérés comme les chefs-d'oeuvre inégalés de l'estampe polychrome japonaise.
    Chaque album est accompagné d'une trentaine de kyôka , ces poèmes burlesques de cinq vers, tru és de calembours et d'allusions, dans lesquels une cinquantaine de poètes rivalisent pour décrire leurs sentiments envers des courtisanes, tout en mettant en scène insectes et oiseaux. Les originaux sont aujourd'hui conservés à l'Institut national d'histoire de l'art.

  • Parmi tous les trésors de la fabuleuse bibliothèque d'art et d'archéologie constituée par le grand couturier Jacques Doucet entre 1906 et 1918, un joyau inattendu brille d'un éclat singulier : une collection de 110 albums illustrés japonais du XVIIe au XIXe siècle témoigne d'un art du livre et de l'estampe particulièrement délicat et raffiné. Parmi les auteurs de ces illustrations - paysages, vues de villes, scènes de rues, fleurs, fruits ou animaux peints, illustrations de poèmes ou iconographie bouddhiste - on trouve les noms des plus grands artistes japonais du XVIIe au XIXe siècle : Hiroshige, Hokusai, Kuniyoshi, Masanobu, Morinobu, Shunshô, Sukenobu, Utamaro.
    Connu pour ses célèbres courtisanes dans le style ukiyo-e, dès 1788, Utamaro aborda un thème nouveau avec un recueil consacré aux insectes, Ehon mushi erami illustrant des poèmes kyôka créés chez Tsutajû au cours de réunions de poésie. Le succès de cette réalisation fut sans doute très important, et sept autres albums en couleurs suivirent très rapidement, dont en 1789 Ehon Kyôgetsubô (la lune folle), et en 1790 Ehon Gin Sekai (Paysage de neige) et Shiohi no tsuto (A marée basse) présentés dans ce coffret. Tous publiés par Tsutajû, ce sont des albums luxueux réalisés avec beaucoup de soin, sur de beaux papiers, et avec des couleurs très délicates et de superbes effets de matière dus à l'utilisation de poudres de cuivre et de mica et au gaufrage du papier pour donner du relief à certains motifs.
    Afin de respecter la forme originelle de ces albums, les estampes sont reliées en accordéon. A l'époque, cette reliure était réservée aux albums précieux ; elle permettait de voir le dessin sur une double page entière sans casser le dos de l'ouvrage. Ces albums étaient ainsi faits pour être ouverts, et non pas dépliés ou déroulés comme le voulait la tradition plus ancienne du rouleau peint, chaque page étant tournée comme dans un livre occidental.
    Ces trois volumes réunis, prennent un sens que, séparés, ils ne possédaient pas. Ils ouvrent sur l'univers et ses saisons comme si Utamaro avait pris le parti de s'éloigner des quartiers de plaisir qu'il aimait, ces rues où déambulaient courtisanes et acteurs. Le monde existe. Il suffit de contempler la lune ou la neige ou, encore, d'aller inventorier l'inconscient que la mer délaisse sur le sable en se retirant.
    Se souvenant peut-être de sa formation à l'art Kanô, Utamaro s'y montre un paysagiste virtuose dont la touche précise et délicate évoque aussi bien la matière des objets proches que les lignes des montagnes à l'horizon. L'atmosphère, même, qui baigne ces scènes familières est rendue par des détails merveilleusement bien observés.

  • Le Chant de l'oreiller , La Rosée du chrysanthème , Le Vent fl euri des batifolages , Nouvel an nuptial : voici les chefsd'oeuvre les plus célébrés et, sans aucun doute, les plus belles estampes érotiques de Kitagawa Utamaro (1753-1806). Tout chez lui est subordonné à l'exaltation de la sensualité. Et ses portraits de couples enlacés abandonnés au plaisir, ses courtisanes de Yoshiwara qu'il connaissait et aimait tant, ses scènes amoureuses, atteignent un niveau de ra¹ nement, d'élégance et d'érotisme qui en fait un des plus grands hommages rendus à la beauté féminine.

  • En 1804 paraît à Edo, sous les signatures prestigieuses du peintre Utamaro et de l'écrivain Jippensha Ikku, un magnifique album de gravures polychromes consacré au célèbre quartier de plaisirs du Yoshiwara. Cet Almanach des maisons vertes illustre, en une vingtaine d'estampes aux délicates couleurs, les us et coutumes de ce quartier réservé.
    Cette description artistique et littéraire, teintée d'humour, des splendeurs de la vie des courtisanes d'Edo, connaît un succès retentissant. En France, l'ouvrage est rendu célèbre par Edmond de Goncourt. Dans un précieux coffret recouvert de soie sont reproduites en fac-similé les estampes originales d'Utamaro. La traduction intégrale du texte de Jippensha Ikku et un commentaire approfondi les accompagnent.

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