Cerf

  • Le sous-titre du livre en explicite le propos : « Approches chrétiennes du mystère d'Israël ». Vatican II et Jean-Paul II ont purifié grandement la théologie catholique du vieil antijudaïsme de chrétienté. Bénéficiant de ce nouveau regard, ce livre représente un essai de compréhension en théologie catholique de la vocation des juifs dans sa permanence, même après le Christ, en dehors mais aussi à l'intérieur de l'Église. Il s'efforce de dire, à la lumière de l'Ancien et du Nouveau Testament, ce que la foi chrétienne enseigne sur la place des juifs dans le dessein de Dieu.

    En 1987, l'auteur avait dirigé la publication par un groupe de théologiens chrétiens d'un ouvrage collectif, « L'Unique Israël de Dieu » (aujourd'hui épuisé), qui portait déjà le même sous-titre. Le présent ouvrage reprend l'essentiel de sa contribution d'alors et y ajoute tout ce que sa recherche théologique lui a permis de développer par la suite, grâce à sa collaboration comme expert au « Catéchisme de l'Église catholique » et aux deux colloques du Vatican (sur l'antijudaïsme en milieu chrétien et sur l'Inquisition), qui ont préparé l'acte de repentance posé par Jean-Paul II en l'an 2000, grâce aussi à son implication dans la recherche d'un statut ecclésial pour les juifs catholiques en Terre sainte et dans un dialogue avec des leaders et des théologiens juifs messianiques.

  • En 1999, le Vatican et la Fédération luthérienne mondiale signèrent une Déclaration commune sur la doctrine de la justification qui affirme l'existence d'un consensus entre catholiques et luthériens sur ce point central de la controverse théologique du XVIe siècle.
    Mais aujourd'hui, comment est-il possible de comprendre l'intérêt de cette doctrine, comment peut-on en trouver une interprétation qui la rende pertinente ? Ce livre cherche à relever ce défi. Après avoir posé les jalons historiques en évoquant notamment l'importance de Paul de Tarse et de Martin Luther, il examine l'idée de la justification de l'homme à partir de deux notions : l'effort et la grâce.
    Une vision de l'homme selon laquelle il faut justifier sa vie par le travail et l'effort éthique est légitime dans la mesure où une existence sans efforts et sans moralité n'a guère de sens. Mais elle atteint ses limites dès que l'échec des efforts ou la fragilité des relations humaines mettent en cause le courage de vivre. De plus, personne ne vit seulement de ce qu'il fait, mais aussi de tout ce qu'il reçoit gratuitement.
    Cet aspect, souvent occulté par la culture contemporaine, rappelle que tout acte émerge d'un tissu humain préexistant auquel appartiennent des phénomènes universels tels que famille, langue, culture, histoire, nature, corps. Ces réalités relèvent de la catégorie du don, que l'on retrouve dans la parole de la justification par la foi. Cette parole affirme que devant l'instance que la Bible nomme Dieu, l'homme n'est pas reconnu à cause de sa qualité morale, mais par sa foi dans les bienfaits du Christ dont il bénéficie.
    À ceux qui ne réussissent pas à remplir les conditions de la loi d'airain de l'effort et à se justifier devant les hommes par ce qu'ils font, l'assurance est donnée qu'ils ne seront pas valorisés par leurs actes, mais par une parole de grâce qui confirme leur raison d'être. Cette parole leur est adressée sans conditions préalables, ni en amont ni en aval, et elle n'attend que d'être accueillie avec confiance.

  • Pagina sacra

    Venard Olivier

    L'Écriture doit être « l'âme de la théologie », répète-t-on volontiers depuis le XIXe siècle, comme pour prévenir les théologiens de s'égarer loin de la Bible dans des abstractions ou des systèmes trop humains. Or il y eut une époque où l'Écriture était non seulement l'âme, mais la chair de la théologie. Une époque où les théologiens empruntaient à la Bible non seulement des idées, mais encore un langage et une poétique, au point que les deux, Écriture et théologie, étaient appelées du même nom : « Pagina sacra », « page sacrée ». Cette époque fut aussi celle où la théologie se constitua comme « science », s'ouvrant grand aux lumières de la raison. Alors vivaient des saints de l'intelligence tels Bonaventure, le franciscain ou Thomas d'Aquin, le dominicain. De leurs lectures des Écritures ont jailli des milliers de pages écrites sur Dieu, aussi audacieuses que des cathédrales, aussi chatoyantes que des rosaces gothiques.

    En dialogue avec cette époque, cet ouvrage propose de retrouver le secret de la continuité entre écriture humaine et poétique divine qui a produit tant de chefs-d'oeuvre dans certaines pratiques oubliées : le Livre, le Crucifix et l'Eucharistie. D'une lecture de la Bible conjuguant foi et critique, aux esthétiques de l'adoration du Crucifix et de la communion eucharistique, « Pagina sacra » contemple le Verbe divin qui se noue à la voix humaine pour la rendre capable de dire Dieu.

    Exégèses contemporaine et médiévale, histoires de l'art et de la culture, littérature, théorie littéraire et théologie spéculative sont ici mises en oeuvre pour retrouver « la clé du festin ancien » dont nous sommes tous en quête depuis Rimbaud.

  • Le catholicisme est une réalité mouvante et complexe. Comment interpréter ce qui s'y passe aujourd'hui en Europe occidentale ? Ce livre propose une hypothèse de travail : il se meut entre trois modèles, trois styles, trois cohérences dominantes. Le premier modèle est placé sous le signe du Marché. Dans la société pluraliste, chacun propose sa conception du monde, et le plus convaincant " fait " la vérité. Ce catholicisme désinstitutionnalisé et individualiste se manifeste par la survivance de rites de passage et l'affirmation de " valeurs chrétiennes ". Le modèle du Temple met l'accent sur les pouvoirs hiérarchiques et le juridisme ; rigide et autoritaire, il prétend connaître la vérité qu'il se doit de proclamer, alors que le monde moderne part à la dérive. Cette cohérence est devenue insupportable pour la majorité de nos contemporains. Tant la fidélité à Jésus et à sa cause que la crédibilité du catholicisme appellent un troisième modèle, déterminé par l'écoute attentive du témoignage fondateur, dans sa logique propre. Vivre plus en cohérence avec ce dont témoignent les évangiles : n'est-ce pas le plus urgent ? Un catholicisme ainsi ressourcé ne rejoindrait-il pas le désir profond de l'homme d'aujourd'hui ? Le catholicisme, et chaque personne qui y adhère, est tiraillé entre ces trois pôles. Choisir librement son chemin spirituel et vivre dans la sincérité personnelle ; pouvoir s'appuyer sur une identité forte, des certitudes et des structures claires ; être enraciné dans la Tradition subversive de Jésus et commencer à expérimenter l'utopie du Royaume dans une communauté fraternelle : ces trois désirs cohabitent en chacun. Cependant il n'y aura pas d'avenir pour le catholicisme sans le courage de se rapprocher de l'expérience fondatrice.

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