Robert Bober

  • J'appelle des visages, des souvenirs, et ce ne sont pas toujours ceux que j'appelle qui se présentent. Et comme s'ils n'attendaient que ça, ils affluent, en vrac, se donnant la main. Je les accueille sans savoir où ils vont me conduire, ni ce qu'ils vont produire. Répartis dans des dossiers étiquetés, descendus de leurs étagères, sortis de leurs tiroirs, les souvenirs sont là, déposés sur mon bureau, attendant avec impatience? espoir? que je prenne le temps de m'y arrêter.
    Il y a des choses dont on se souvient «comme si c'était hier» et d'autres - quel plaisir! - qui surgissent, là, soudain, que j'avais oubliées au point qu'elles m'apparaissent nouvelles. D'autres encore, dont je ne mesurais pas l'importance, mais dans quoi, comme à mon insu, le temps a déposé ce que je vais m'acharner à comprendre et essayer de traduire. Oui, les souvenirs, il faudrait pouvoir leur parler. Ils doivent tout savoir de nos regrets, de nos remords.

  • C'est le mercredi 24 janvier 1962 que Jules et Jim, dans lequel Bernard Appelbaum avait fait de la figuration, sortit sur les écrans et c'est le vendredi soir qu'avec sa mère il est allé le voir au cinéma Vendôme, avenue de l'Opéra.
    Après la séance, malgré le froid, sa mère lui donnant le bras, ils sont rentrés à pied jusqu'à leur domicile, au 7 de la rue Oberkampf, tout près du Cirque d'Hiver. "As-tu lu le livre d'où a été tiré le film?" Non, il ne l'avait pas lu. "J'aimerais bien le lire", lui a-t-elle dit, et ce fut le commencement de ce qu'il allait apprendre de ses parents. Cette histoire de Jules et Jim et Catherine, un pur amour à trois, avait dit François Truffaut, était comme l'écho de ce que sa mère avait vécu.
    Ainsi, il avait fallu un film pour que cette histoire, un peu de son histoire, lui parvienne enfin.

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  • Quoi de neuf sur la guerre ?
    En principe rien, puisqu'elle est finie.
    Nous sommes en 1945-1946, dans un atelier de confection pour dames de la rue de Turenne, à Paris. Il y a là M. Albert, le patron, et sa femme, Léa. Leurs enfants, Raphaël et Betty. Léon, le presseur. Les mécaniciens, Maurice, rescapé d'Auschwitz et Charles dont la femme et les enfants ne sont pas revenus. Et les finisseuses, Mme Paulette, Mme Andrée, Jacqueline. Il y a l'histoire de leurs relations et de leur prétention au bonheur.
    Dans l'atelier de M. Albert, on ne parle pas vraiment de la guerre. On tourne seulement autour même si parfois, sans prévenir, elle fait irruption. Alors les rires et les larmes se heurtent sans que l'on sache jamais qui l'emporte. Alors, « ceux qui ont une idée juste de la vie » proposent simplement un café ou un verre de thé avec, au fond, un peu de confiture de fraises.
    1981-1982. Trente-cinq ans après, quoi de neuf sur la guerre ? Rien de neuf sur la guerre. Parce que, comme le disait M. Albert en 1945 : « Les larmes c'est le seul stock qui ne s'épuise jamais. »

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  • Berg et Beck

    Robert Bober

    Berg et Beck avaient le même âge, habitaient la même rue, allaient à la même école et portaient la même étoile jaune sur la poitrine. Tous les deux rêvaient aux champions cyclistes découverts dans les pages du Miroir-Sprint ou sur les gradins du Vel d'Hiv.
    Le 16 juillet 1942, les policiers emmenèrent Beck et ses parents dans le vélodrome de ses rêves.
    Parce qu'on ne parla plus de lui, Beck ne manqua à personne. Tous l'oublièrent. Sauf Berg.
    Berg a vingt ans, Beck en aura toujours onze. Lettre après lettre, Berg devenu éducateur dans une maison d'enfants de déportés raconte à Beck les années qu'il n'a pas vécues, les livres et la musique qu'il n'a pas eu le temps de découvrir.
    «Ce n'est pas parce que tu ne répondras pas que l'histoire va devoir se passer de toi. Gardons-nous notre amitié.»

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  • Vienne avant la nuit

    Robert Bober

    Dans les premières années du siècle dernier, l'arrière-grand-père de Robert Bober, Wolf Leïb Fränkel, tenta d'émigrer aux Etats-Unis, en avant-garde de sa famille restée en Pologne. Refoulé à Ellis Island, il décida de s'installer en Autriche, à Vienne, où la vie était pour les Juifs plus facile qu'en Pologne, où il y fit venir sa femme et ses enfants.
    Wolf Leïb Fränkel est mort en 1929, avant que la nuit nazie ne tombe sur l'Europe. A l'époque, Vienne était une ville cosmopolite, ouverte, une capitale intellectuelle et artistique, effervescente. Modeste ferblantier, il est peu probable que Wolf Leïb Fränkel ait jamais croisé les grands écrivains qui en fréquentaient les célèbres cafés, mais, pour Robert Bober dont l'oeuvre se nourrit de cette culture d'Europe cen- trale qui éclaira le monde, ils sont indissociables.
    C'est à la recherche de cet arrière-grand-père et de la Vienne d'alors, et pour faire un film de cette recherche, que Robert Bober s'est lancé en 2012.
    Abondamment illustré, notre livre reprend des images du film ainsi que son titre, des documents historiques, le texte écrit par Robert Bober lui-même et qu'il dit en voix off.
    Vienne avant la nuit, le film, réalisé par Robert Bober et produit par « Les Films du Poisson » , sortira en salles, comme notre livre, début octobre 2017.

  • " Y'a pas d'printemps ", " Un monsieur attendait " et " Sans vous " sont trois titres de chansons.
    Mais ce sont aussi les noms donnés à trois vestes fabriquées au début de l'année 1949 dans un atelier de prêt-à-porter de la rue de Turenne, à Paris. Comme tout vêtement, les vestes, on le sait, sont faites pour être portées. Si leur histoire est ici racontée, c'est parce qu'il semble que ces trois vestes-là n'étaient pas faites pour ça. Laissées-pour-compte, mais vivantes, serrées l'une contre l'autre, comme si elles avaient été désignées, laissées là, accrochées, à seule fin d'apprendre et transmettre l'histoire de ceux qui leur avaient donné le jour.
    Veillant à n'être pas séparées, elles apprirent à écouter le moindre bruit que faisait la vie :les murmures et les éclats de voix, les histoires de guerre et les recettes de cuisine, les histoires de bal du dimanche et les histoires de ciel bleu. Elles furent témoins de passion et de haines, d'illusions, de déceptions. Elles connurent la tristesse, l'anxiété, les désespoirs. Elles apprirent encore la clairvoyance, l'ironie, la patience, la tranquillité et la joie.
    Et le chagrin. Et l'indignation... Alors, fallait-il qu'un corps les habite pour exister ?

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