Nicole Malinconi

  • On disait, c'est le progrès ? ; le bruit courait qu'on ne l'arrêterait pas. Etrange, tout de même, de dire à propos du progrès ce qu'on disait à propos d'un cheval emballé, d'un balai ensorcelé ou d'une maladie incurable ? ; personne ne se demandait d'où ça venait ? ; personne ne savait au juste ce qu'il disait lorsqu'il disait qu'on n'arrêterait pas le progrès. Au fond, ce n'était qu'un bruit, une espèce de boutade qui n'empêchait pas nos parents de répéter que ce qui n'est pas nécessaire attendra, que celui qui veut quelque chose doit travailler pour l'avoir, ou qu'on n'a rien sans effort, ce qui revenait au même.
    Depuis Hôpital silence, son premier livre publié en 1985 aux éditions de Minuit, Nicole Malinconi s'inspire de la réalité quotidienne, de l'ordinaire de la vie, des gens et des mots, ceci aboutissant moins à des fictions romanesques qu'à ce qu'elle qualifie elle-même d' "? écriture du réel ? " . Parmi ses ouvrages : Nous deux (Espace Nord, Prix Rossel 1993), Vous vous appelez Michelle Martin (Denoël), Séparation (Les Liens qui libèrent) et Un grand amour (Esperluète).

  • Nous deux ; da solo

    Nicole Malinconi

    Nous deux : « Un jour, j'ai écrit l'histoire de ma mère. je l'ai écrite après sa mort car, de son vivant nous n'avions pu, elle et moi, nous parler de l'amour et de la haine qui nous unissaient, qui faisaient de nous deux quelque chose de confondu. » Da solo : « Un vieil homme, arrivé très loin dans l'âge, est seul, sans sa femme Lyse qui est partie la première, et sans sa fille Lisa qui parfois vient le voir. Il y a de nombreuses années, il avait quitté son village d'Italie parce que depuis l'enfance, il était pris par le désir d'aller voir derrière les collines et plus loin encore. Il se parle à lui-même pour se remémorer sa vie. Car même sans la force d'encore faire grand-chose, le vieil homme a gardé la force de la pensée. »

  • Aux commandes de plus en plus rapprochées, que crie le chef, ils répondent de plus en plus vite et fort, sans même plus tourner la tête vers lui. L'urgence se déplace, en vague, depuis les entrées jusqu'à ceux qui cuisent, découpent, dressent, comme si chacune des assiettes avait son temps propre, mais qu'eux devaient mener de front tous les temps au même moment. Derrière la porte de la cuisine, c'est tout un monde qui s'active : sommelier, maître d'hôtel, chef, cuisiniers, commis et apprentis, pâtissiers, serveurs, plongeurs...
    Les premiers clients arrivent, c'est le signal du départ. C'est une rythmique bien rôdée, décrite avec minutie. Les gestes s'enchaînent et la concentration est palpable. Nicole Malinconi a voulu faire l'expérience d'une soirée en cuisine, dans les coulisses d'un restaurant étoilé, là où tous opèrent loin des regards. De son poste d'observation, elle décrit les visages concentrés, les mains expertes, les fumets échappés des casseroles.
    Le chef, à la lisière du chef d'orchestre et du magicien, supervise le ballet des mains qui lavent, coupent, cuisent et disposent. Il est la clef de voûte d'un édifice humain ; l'équipe n'est rien sans lui, mais il n'est rien sans ses collaborateurs. C'est une plongée dans un monde unique, qui intrigue autant qu'il fascine. Un livre pour les amoureux de gastronomie.

  • "J'avais souvent pensé, à propos de l'hôpital, que ce devait être un lieu protégé du mensonge et de la vanité... Je ne savais pas qu'il fallait compter avec la haine. Ou peut-être la peur." L'hôpital. Des femmes y viennent, seules ou accompagnées. Pour se délivrer. Mais en ce lieu clos, elles font l'expérience de l'oppression et du silence. Livre faisant entendre les échos sourds de la souffrance humaine, Hôpital silence est aussi une méditation sur la violence et sur le corps.

  • Franz Stangl, ex-commandant du camp d'extermination de Treblinka, fut arrêté au Brésil, incarcéré à la prison de Düsseldorf et condamné à la réclusion à perpétuité en 1970. Theresa Stangl, sa veuve, est restée dans leur maison de Sao Paulo où ils avaient vécu incognito durant seize ans avec leurs enfants.
    C'est là, juste après la mort de son mari, en 1971, qu'elle a reçu la visite de Gitta Sereny, journaliste, qui lui a demandé de parler de son mari, de leur vie, de ce qu'elle savait, elle, de Treblinka. Gitta Sereny s'était déjà entretenue à plusieurs reprises avec Franz Stangl ; elle préparait un livre intitulé «Au coeur des ténèbres». Il s'agissait pour elle de savoir comment, par quels nouages de son histoire, quel oubli de lui-même, un homme peut-il en arriver à organiser, à commander la mise à mort de centaines de milliers d'autres, comme on dirige une entreprise? Mais, aussi, de comprendre comment sa femme est restée à ses côtés.
    Nicole Malinconi donne voix à Theresa Stangl et c'est la parole de Theresa qui nous emmène dans les méandres de sa pensée : des doutes aux renoncements, de la certitude à la mise en lumière des mensonges de son mari. Jusqu'à sa rencontre avec Gitta Sereny, qui lui pose des questions, jusqu'à la dernière, la plus terrible d'entre elles.
    Dans son parcours d'écriture, Nicole Malinconi interroge la question de la limite en écriture. Comment, à travers les mots, peut-on aussi dire l'innommable?
    à travers les tourments d'une femme déchirée entre son amour pour son mari et l'insoutenable conscience de ses actes, Nicole Malinconi explore la capacité qu'a la littérature de poser des mots justes sur une réalité complexe.

  • C'est d'abord l'histoire d'un lieu prestigieux, la Maison du Peuple, bâtie en 1895 par Victor Horta en plein coeur de Bruxelles, inaugurée en grand pompe dans la clameur de L'Internationale et des slogans du monde ouvrier...L'architecte rompait avec le style prudent de ses prédécesseurs, innovait avec la ligne courbe, l'asymétrie, l'honneur rendu au fer, au verre, à la lumière. Bref, celui qui révolutionnait l'art de bâtir et devenait un des maîtres de l'Art Nouveau, offrait au jeune Parti Ouvrier Belge un lieu à la hauteur de ses aspirations.
    C'est aussi l'histoire d'une ville, de deux guerres traversées, des transformations sociales et du progrès à tout prix qui mènera à la démolition du chef-d'oeuvre, décidée, à peine 70 ans plus tard, par ceux-là mêmes qui l'avaient fait construire.

  • Retourner en Italie, c'était pour lui rentrer au pays avec femme et enfant, et monter sa fabrique, même si, comme elle l'avait dit, il n'y connaissait rien, à la chaussure.
    Elle, elle avait fini par s'acclimater à ce pays-là, à eux tous, mais elle n'était pas des leurs ; on aurait dit qu'elle se vengeait d'être avec lui, qu'ils étaient devenus comme des étrangers l'un pour l'autre.

  • De sa plume minimaliste et pourtant furieusement tendre, Nicole Malinconi décortique une vie de bureau après l'annonce d'une restriction de personnel. Et c'est comme si, dans une partie de cartes, le jeu que vous aviez en main change de figures et de couleurs...

  • Cinquante récits brefs, semblables à des instantanés photographiques, évoquent les petites choses du quotidien et abordent le silence, la vie, la mort ; le hasard, les paroles et les gestes de tous les jours.
    Fragiles ou anodins, ils frappent par leur profondeur. Forts ou familiers, ils touchent par leur vérité. Ces petits riens en viennent à parler de tout ou presque.

  • " Gueule cassée. " Expression inventée après la Première Guerre mondiale. " Mutilé de guerre blessé au visage ". Pensez à " Gueules noires ". De fait, il s'agit de visages qui n'en sont plus, que l'on ne nomme plus de ce nom.
    Car si le corps mutilé est une chose terrible, qu'en est-il du visage ?
    Quand le corps est mutilé, on ne regarde pas le lieu de la mutilation de l'autre. On pose les yeux ailleurs. Sur le visage avant tout, justement ; on le privilégie même, pour le regarder en face, là où il est quelqu'un, où c'est bien lui ; on le regarde au lieu par excellence de la rencontre, manière de lui dire qu'on le reconnaît. Mais une gueule cassée ?
    Celle du clandestin qui tente la traversée, celle de l'enfant qui mendie pour survivre, celle de l'ouvrier dont on " tue " le haut fourneau, celle du cadavre sans nom, celle du bébé parqué devant une télé " faite pour lui ", celle de l'Afrique qui meurt de soif...
    Les récits de Nicole Malinconi parlent du malheur de l'homme - celui qui est tout proche, celui que nous pourrions être, celui qui nous émeut.

  • Sous le piano

    Nicole Malinconi

    Après La porte de Cézanne et Les oiseaux de Messiaen, Nicole Malinconi prolonge dans ce texte sa réflexion sur la création.
    Au point de départ, il y a le film que Bruno Monsaingeon consacre à Sviatoslav Richter, pianiste virtuose, mondialement célèbre et pourtant si méconnu. Personnage aussi attachant qu'énigmatique, Richter apparaît dans le film, dans des images d'archives mais aussi des témoignages, habité par la musique, le doute, la tentative de perfection,... mais aussi farouche, irascible, capricieux. Seule la musique compte, depuis toujours. Il dit le rapport difficile, souvent, au piano et à l'interprétation.
    Nicole Malinconi raconte, ce que le film raconte, elle lui superpose sa perception d'écrivain, de femme et de mélomane.
    On la sent fascinée par l'histoire de l'homme et par l'histoire du film, qui s'arrêtèrent en même temps.
    Et son récit accompagne Sviatoslav Richter dans l'absence, au coeur de la plus grande présence.

  • Dans ce récit d'une grande pudeur, Nicole Malinconi , auteur de nombreux ouvrages dont Hôpital silence (éditions de Minuit) et Vous vous appelez Michelle Martin (Denoël) aborde l'incroyable parcours d'une femme qui va tenter au fil du temps et au fil des mots de se libérer d'un mal intime qui la submerge.
    Récit personnel au départ, irrigué par son expérience psychanalytique, l'auteur nous conduit sur le chemin de la naissance à soi. Il nous ouvre les portes des conditions de cette naissance psychique, de cette nécessité vitale et première de se séparer du corps de la mère pour être puis devenir.
    La séparation est un texte authentique, d'une rare densité qui est un hymne à la narration intime et à l'être humain, cet être de parole, qui ne peut vivre ni grandir sans les mots.

  • À la manière d'un naturaliste-poète, Nicole Malinconi observe les oiseaux de nos contrées et en dresse le portrait. Elle place au premier plan ceux que nous côtoyons tous les jours, parfois sans leur prêter beaucoup d'attention. L'un construit son nid, tandis que l'autre perfectionne son chant. D'autres sont en partance vers des régions lointaines...

  • Nicole Malinconi échange avec Jean-Pierre Lebrun autour des questions de l'écriture, de la langue et de l'altérité.
    Dans un dialogue vivant et accessible, les auteurs ouvrent un champ de questions qui intéressent autant les professionnels de la santé mentale que tout citoyen s'interrogeant sur ce que parler veut dire. Utilisant des références littéraires, cinématographiques, psychanalytiques, linguistiques, sociologiques, philosophiques, ils se demandent comment une société traite la langue et comment la langue transforme la société.
    Jean-Pierre Lebrun est psychiatre, psychanalyste à Namur et Bruxelles. Il a publié de nombreux ouvrages chez érès, et Denoël.
    Il est également directeur de trois collections Humus, Psychanalyse et écriture et Singulier-pluriel aux éditions érès.
         

  • "J'avais souvent pensé, à propos de l'hôpital, que ce devait être un lieu protégé du mensonge et de la vanité... Je ne savais pas qu'il fallait compter avec la haine. Ou peut-être la peur." L'hôpital. Des femmes y viennent, seules ou accompagnées. Pour se délivrer. Mais en ce lieu clos, elles font l'expérience de l'oppression et du silence. Livre faisant entendre les échos sourds de la souffrance humaine, Hôpital silence est aussi une méditation sur la violence et sur le corps.

  • Vous vous appelez Michelle Martin. Vous êtes détenue à la prison de Namur, en Belgique, depuis 1996. Condamnée à trente ans de réclusion criminelle. Cette année-là, les journaux et les télévisions d'Europe et peut-être d'au-delà ont rendu votre nom indissociable de celui de Marc Dutroux, alors votre mari.
    Ainsi commence ce texte de Nicole Malinconi. Il a été inspiré à l'auteur par des rencontres régulières avec Michelle Martin en 2006 et 2007, dans la prison où elle purge sa peine pour complicité de viol et de séquestration, avec, dans un cas, celui des jeunes Julie et Mélissa, des « circonstances aggravantes ayant entraîné la mort ».
    C'est, au départ, Michelle Martin qui a souhaité parler avec un écrivain afin d'évoquer un projet de livre encore imprécis. Les entretiens qui ont suivi ont conduit Nicole Malinconi à rédiger ce texte très personnel, à partir des propos échangés au cours de leurs rencontres. Et en particulier à partir de cette interrogation centrale maintes fois évoquée : jusqu'où une femme peut-elle se laisser contraindre par un homme à accomplir, fût-ce par défaut, des actes monstrueux ? En résulte un texte sobre, précis, plein de retenue, mais qui affronte de face, à partir d'une histoire singulière, des questions radicales touchant à ce qui fait le propre de l'humain et de l'inhumain.

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